Pour comprendre pourquoi la théorie de la dominance est obsolète, il faut comparer ce qui est comparable. Bien que partageant un ancêtre commun, le loup sauvage et l’American Bully ont évolué de manière radicalement différente.
1. La structure sociale : Famille vs Individus opportunistes
Le Loup : Une meute de loups est une unité familiale soudée. La coopération est une question de survie (chasse, défense du territoire). Le « leadership » est naturel : ce sont les parents qui dirigent.
Le Bully : Le chien domestique, et particulièrement le Bully, a été sélectionné pour vivre avec l’humain. Contrairement aux loups, les chiens féraux (sans maîtres) ne forment pas de meutes structurées à long terme, mais des groupes fluides et opportunistes. Ils n’ont pas besoin d’un « chef » pour chasser, car leur survie dépend souvent de l’activité humaine.
2. La sélection artificielle : Le tempérament du Bully
Le Bully a été créé spécifiquement pour être un chien de compagnie avec un tempérament stable et une grande « sociabilité » envers l’humain.
Capacité d’analyse : Des études (comme celles de Mikloski et al.) montrent que les chiens sont bien plus doués que les loups pour lire les signaux sociaux humains (regards, pointages).
Dépendance : Là où le loup est autonome, le Bully est sélectionné pour être dépendant de l’interaction avec l’homme. Ce qu’on prend parfois pour de la « dominance » chez un Bully (excitation, force physique) est souvent simplement de l’hyper-attachement ou une mauvaise gestion de l’excitation, et non une volonté de monter en grade.
3. Le biais de la force physique
Le physique puissant du Bully induit souvent l’humain en erreur. Si un petit chien grogne, on parle de peur ; si un Bully grogne, on parle souvent à tort de « dominance ». En réalité, un Bully utilise sa force pour obtenir ce qu’il veut (un jouet, une caresse) parce qu’il a appris que cela fonctionnait, et non par stratégie politique.
Sources complémentaires
Coppinger, R. & Coppinger, L. (2001) : « Dogs: A Startling New Understanding of Canine Origin, Behavior & Evolution ». Ce livre explique comment la domestication a modifié le cerveau du chien par rapport au loup.
Udell, M. A. R., et al. (2010) : Travaux sur les différences de résolution de problèmes entre loups et chiens domestiques, soulignant la dépendance sociale du chien envers l’humain.